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Pour tout bon cinéphile Mulholland Drive, à l’instar de toute l’oeuvre de David Lynch, est une espèce de Quête du Graal dont la fascination accroît un peu plus à chaque visionnage provoquant ainsi une véritable folie d’interprétation qui a fini par installer le film au rang de chef-d’oeuvre ultime de son créateur. Incroyable expérience cinématographique, Mulholland Drive fait partie de ces trop rares films qui n’ont pas d’égal, pas de concurrence. Rien n’est comparable à ce film pour une seule et bonne raison : personne ne fait du Lynch à part Lynch lui-même, n’en déplaise à tous ces ersatz qui s’y frottent et s’y perdent. Lorsque l’on dit que l’univers lynchien développe une propension au bizarre, au difforme, au cauchemardesque, à l’animalité humaine, au désenchantement, au pervers ou à l’illusion, on est encore bien loin du compte parce que l’ambiance qui imprègne ses films est indescriptible, en constante oscillation.Rien ne se laisse capturer chez Lynch, chaque élément que l’on croit saisir se dérobe, et ce, à l’infini, dans un mouvement magnétique, envoûtant, hypnotique et inéluctablement jouissif. A ce titre Mulholland Drive est un parangon du genre, une sorte de synthèse de toute l’incroyable maîtrise du grand David. On y retrouve tous les meilleurs ingrédients du cinéma lynchien : une ambiance anxiogène, l’abîme, le vertige des sensations, un opéra de textures et de couleurs, le récit d’une désillusion, une intrigue labyrinthique marquée de sensualité, de rêves et de cauchemars, l’aliénation humaine, la descente aux Enfers hollywoodiens, etc. Mais tout le génie du réalisateur réside dans l’atmosphère qu’il arrive à instaurer sur base de peu de choses; rarement un gros plan sur un regard ne m’aura autant perturbée et rarement encore la simple ouverture d’une porte ne m’aura angoissée à ce point.

Lynch est un magicien du cinéma et je me demande comment il pourra un jour aller plus loin dans les affres de l’âme humaine tant Mulholland Drive (rien que la résonance du titre est jubilatoire) atteint des sommets de réalisation infranchissables, le tout porté par un casting d’une intensité indescriptible: Naomi Watts et Laura Elena Harring sont inoubliables et incandescentes tandis que Justin Theroux est une belle révélation. Les seconds rôles (figures types de Lynch) ne sont pas en reste non plus. Hollywood n’a jamais été aussi magnifié, la musique d'Angelo Badalamenti résonne au creux du spectateur des heures durant. Mulholland Drive, à l’image de ses personnages, hante et obsède faisant ainsi de lui l’une des plus belles aventures cinématographiques des années 2000 dont un nombre incalculable de scènes restera gravé dans les mémoires (la scène du "Silencio" est un excellent exemple d’un instant de grâce ultime et un clin d’oeil cinématographique au Mépris de Godard).

Avec Lynch le cinéma est plus grand, plus incontournable, plus unique et plus jouissif que jamais. Et finalement celui qui le résume encore le mieux, c’est Lynch himself : " On n’est pas obligé de comprendre pour aimer. Ce qu’il faut, c’est rêve". La messe est dite : un film de Lynch ne se raconte pas, il se vit.

Bonne route à tous.

 

Note du film : 10/10

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Tag(s) : #Critiques, #2000-2010, #Coups de génie, #On veut du culte!
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