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Shame s’avère finalement difficile à noter et à critiquer. Si une part de moi-même a envie de l’encenser sur base de certains critères, d’autres paramètres et une certaine forme d’honnêteté morale m’empêchent de le faire. C’est d’ailleurs bien agaçant parce que d’une part, Shame est esthétiquement bluffant, soutenu par une mise en scène ingénieuse dont certaines scènes sont des petits coups de génie (je pense – notamment – à la séquence d’ouverture et à la scène du restaurant), mais d’autre part, cette même mise en scène millimétrée empêche la rencontre entre le spectateur et Brandon (interprété par M. Fassbender). Face à cet homme pris aux pièges de son addiction, on aimerait compatir pleinement, se sentir complètement investi du combat qu’il mène contre ses propres imperfections, mais c’est rarement le cas. Cette surenchère esthétique , cette froideur presque chirurgicale que Steve McQueen érige en fondamental finit par dresser un mur entre le récit et le public, ce qui rend l’empathie, pourtant essentielle dans ce genre de films, plus compliquée que prévu. De plus, le réalisateur, plutôt inspiré, n’a pas hésité à tisser des ramifications assez denses au sein de son récit (la relation entre Brandon et sa soeur, le mystère autour de leur famille, les difficultés que Brandon rencontrent concrètement à cause de son addiction, etc.), or il peine à les développer en profondeur, à leur donner vie. On regrette dès lors un peu que le réalisateur ait poussé aussi loin la distance analytique. Le sujet demandait un peu plus de tripes, quelque chose d'un peu plus fouillé et un peu moins de " Regardez comme je filme bien!". 


Un autre problème du film, qui peut paraître secondaire aux yeux de certains mais pas aux miens, réside dans la prestation de Carey Mulligan. Déjà bien inutile dans Drive, il serait sacrément temps qu’elle s’achète une certaine intensité et une présence dans son jeu d’actrice histoire d’arrêter de nous plomber toutes les relations qu’elle est censée entretenir avec les protagonistes de ses films. Nous lui devons, à elle et à son charisme de "belle plante", la pire scène de Shame, à savoir l’interminable moment "New-York, New-York",  un massacre en bonne et due forme.

Toutefois, Shame est un film intéressant car, même s’il n’évite pas certains poncifs du genre (ça se veut sulfureux alors ça tripote, lèche, suce, mord à s’en dessécher la moelle épinière, mais rien ne colle, rien n'est franchement osé, ni sulfureux), il offre un travail formel impressionnant. De même qu’il permet à Michael Fassbender de déployer tout son talent et de montrer qu’il est un acteur sur lequel le cinéma peut compter.

A voir donc, mais sans s’attendre à la révolution cinématographique promise par les critiques.

 

Note du film : 6/10

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Tag(s) : #Peut mieux faire, #Critiques, #2010 - 2020
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