
Flingué par la presse, flingué par une distribution désastreuse (en Belgique en tout cas), To the wonder mérite mieux que le lynchage dont il a été victime. Annoncé par les critiques comme un trip contemplatif pur, sans contenu ni intérêt, prophétisant la mort de son auteur, je m’interroge : « A-t-on vu le même film ? ».
To the wonder (niaisement traduit en VF en A la merveille) s’inscrit dans la digne tradition de la filmographie de son auteur. Non, To the wonder n’est pas le parent pauvre, honteux et lépreux de la carrière de Malick. Le poète de La Ligne Rouge est toujours là, comme le conteur du Nouveau Monde et le magicien de The Tree of Life. Que l’on n’adhère pas à sa vision du cinéma, du monde et de l’amour est concevable. Que l’on s’acharne à vider l’œuvre de son éclat en est une autre.
En effet, To the wonder offre à qui peut (veut ?) bien le voir une déferlante d’émotions qui n’a pas son pareil. Seul Terrence Malick fait ressortir cette force inébranlable des choses de la vie. Ses détracteurs auront beau épiloguer et prétendre que les questionnements de la voix-off ne sont que des fadaises mystiques et des élucubrations idéalisées concernant l’Amour, il s’avère que Terrence Malick ne se targue à aucun moment de raconter une histoire d’amour, il préfère l’exprimer, la diffuser jusqu’à l’envoûtement. Avec To the wonder, le réalisateur livre un vécu et un ressenti à la portée de tous. A chacun de le recevoir, de le vivre et de composer avec. Et s’il est un qualificatif qui colle à la semelle de To the wonder, c’est bien celui de « composition ». Car Malick ne réalise plus, il compose, comme un long poème, une longue épopée des sentiments et des sensations. Et le dictat de la dissertation perd son hégémonie. Les mouvements de la voix-off, la caméra qui se faufile à l’intérieur et à l’extérieur des flux d’existence, la musique classique, le cours d’eau qui glisse au fur et à mesure que l’histoire d’amour se délite, s’effrite, le mouvement des corps et les envolées élégiaques s’harmonisent et viennent happer le spectateur au creux de ses sensations.
De plus, To the wonder confirme ce que l’on savait déjà : Malick sait regarder ses personnages, les magnifier, exalter chacun de leurs mouvements, chaque effleurement, chaque souffle, ce qui explique sans doute qu’il n’a pas besoin de les noyer dans un flot de dialogues. Il laisse ça aux autres et c’est tant mieux. Parce que l’on a beau faire et refaire, les mots n’expliquent pas tout.
To the wonder n’est pas une simple histoire d’amour. Le film invite aussi au réveil, à la renaissance. Il faut ouvrir les yeux, regarder tout autour de soi et retrouver des raisons d’espérer. Dans la vraie vie, cela passe rarement par les mots. Si c’était aussi simple, cela se saurait. Il en va de même chez Malick.
De plus, To the wonder, en plus de célébrer la renaissance, permet l’éclosion d’une comédienne en état de grâce en la personne d’Olga Kurylenko dont la voix et le regard vous hantent pour longtemps. Elle incarne à elle seule la Douceur, la Force, la Sensibilité, l’Exil, l’Amour, la Dévotion et le Rejet. C’est impressionnant de faire passer autant d’émotions diverses avec un tel naturel et une telle beauté. Le personnage du père Quintana (Javier Bardem, excellent), bien que peu présent, donne toute son ampleur au propos du film. Il est loin d’être inutile comme l’ont prétendu quantité de critiques et il offre même une perspective de l’Amour divin intéressante en cela qu’elle questionne ce que l’on préfère considérer comme naturel. Ben Affleck est, quant à lui, d'un monolithisme exceptionnel ce qui, en général, m'a fait le considérer comme un acteur assez médiocre, mais qui s'avère être être l'homme de la situation pour incarner ce Neil qui refuse l'engagement et dont l'inconstance reste un mystère pour Marina comme pour le spectateur. Notons aussi que le personnage de Rachel McAdams, même si il fait office de prétexte, procure au film l'une de ses plus belles scènes (Cf. la scène des bisons).
Avec To the wonder, Terrence Malick passe un cap. Il assume pleinement l’expérimentation tout en continuant à nous rappeler toute la Merveille du monde. Seulement voilà, pour ce faire, il faut être, au moins un peu, prêt à s’abandonner, à s’ouvrir au monde pour l’admirer tel qu’il est et non pas tel qu’on le fait. Et si « Love is not only a feeling », To the wonder ne l’est pas non plus. C’est bien plus encore.
Note du film: 9/10
Flingué par la presse, flingué par une distribution désastreuse (en Belgique en tout cas), To the wonder mérite mieux que le lynchage dont il a été victime. Annoncé par les critiques comme un trip contemplatif pur, sans contenu ni intérêt, prophétisant la mort de son auteur, je m’interroge : « A-t-on vu le même film ? ».
To the wonder (niaisement traduit en VF en A la merveille) s’inscrit dans la digne tradition de la filmographie de son auteur. Non, To the wonder n’est pas le parent pauvre, honteux et lépreux de la carrière de Malick. Le poète de La Ligne Rouge est toujours là, comme le conteur du Nouveau Monde et le magicien de The Tree of Life. Que l’on n’adhère pas à sa vision du cinéma, du monde et de l’amour est concevable. Que l’on s’acharne à vider l’œuvre de son éclat en est une autre.
En effet, To the wonder offre à qui peut (veut ?) bien le voir une déferlante d’émotions qui n’a pas son pareil. Seul Terrence Malick fait ressortir cette force inébranlable des choses de la vie. Ses détracteurs auront beau épiloguer et prétendre que les questionnements de la voix-off ne sont que des fadaises mystiques et des élucubrations idéalisées concernant l’Amour, il s’avère que Terrence Malick ne se targue à aucun moment de raconter une histoire d’amour, il préfère l’exprimer, la diffuser jusqu’à l’envoûtement. Avec To the wonder, le réalisateur livre un vécu et un ressenti à la portée de tous. A chacun de le recevoir, de le vivre et de composer avec. Et s’il est un qualificatif qui colle à la semelle de To the wonder, c’est bien celui de « composition ». Car Malick ne réalise plus, il compose, comme un long poème, une longue épopée des sentiments et des sensations. Et le dictat de la dissertation perd son hégémonie. Les mouvements de la voix-off, la caméra qui se faufile à l’intérieur et à l’extérieur des flux d’existence, la musique classique, le cours d’eau qui glisse au fur et à mesure que l’histoire d’amour se délite, s’effrite, le mouvement des corps et les envolées élégiaques de Malick s’harmonisent et viennent happer le spectateur au creux de ses sensations.
De plus, To the wonder confirme ce que l’on savait déjà : Malick sait regarder ses personnages, les magnifier, exalter chacun de leurs mouvements, chaque effleurement, chaque souffle, ce qui explique sans doute qu’il n’a pas besoin de les noyer dans un flot de dialogues. Il laisse ça aux autres et c’est tant mieux. Parce que l’on a beau faire et refaire, les mots n’expliquent pas tout.
To the wonder n’est pas une simple histoire d’amour. Le film invite aussi au réveil, à la renaissance. Il faut avoir les yeux, regarder tout autour de soi et retrouver des raisons d’espérer. Dans la vraie vie, cela passe rarement par les mots. Si c’était aussi simple, cela se saurait. Il en va de même chez Malick.
De plus, To the wonder, en plus de célébrer la renaissance, permet l’éclosion d’une comédienne en état de grâce en la personne d’Olga Kurylenko dont la voix et le regard ne vous hantent pour longtemps. Elle incarne à elle seule la Douceur, la Force, la Sensibilité, l’Exil, l’Amour, la Dévotion et le Rejet. C’est impressionnant de faire passer autant d’émotions diverses avec un tel naturel et une telle beauté. Le personnage du père Quintana (Javier Bardem, excellent), bien que peu présent, donne toute son ampleur au propos du film. Il est loin d’être inutile comme l’ont prétendu quantité de critiques.
Avec To the wonder, Terrence Malick passe un cap. Il assume pleinement l’expérimentation tout en continuant à nous rappeler toute la Merveille. Seulement voilà, pour ce faire, il faut être, au moins un peu, prêt à s’abandonner, à s’ouvrir au monde pour l’admirer tel qu’il est et non pas tel qu’on le fait.